Reconversion d’une grange seigneuriale en logement performant

Située dans l’Oise à Saint-Samson-la-Poterie (60), dans le pays de Bray, cette ancienne grange seigneuriale du XVIIe siècle a été transformée en logement. Construite en pan de bois et torchis, elle a fait l’objet d’une réhabilitation complète de qualité. Une réflexion globale sur les matériaux et la mise en œuvre a permis de conserver l’aspect patrimonial de la grange tout en atteignant une bonne efficacité énergétique.

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Informations

Zone géographique : Hauts-de-France

Type de bâtiment : Maison individuelle

Type de matériaux : Pan de bois (remplissage briques, torchis, pierre ou autres)

Protection patrimoniale : Bâtiment sans caractère patrimonial et hors secteur protégé

Maîtrise d’ouvrage : Guillaume Alglave, particulier, maître d’ouvrage de la grange réhabilitée

Maîtrise d’œuvre : Pas de maîtrise d’œuvre pour cette opération. Les travaux ont été planifiés et coordonnés par la maîtrise d’ouvrage.

Consommation énergétique

Avant travaux : NC

Après travaux : 55 kWh.m².an

Informations :

Consommation énergétique en énergie finale pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire (ECS) , calculées à partir des factures.

Ce bâtiment, de plus de 150 m² d’emprise au sol, se situe à Saint-Samson-la-Poterie dans l’Oise (60), village de 250 habitants, dans le pays de Bray. Il s’agit d’une ancienne grange à foin du XVIIe siècle, en pan de bois et remplissage en torchis, située sur le point haut du village.

Jusqu’à récemment, la grange était toujours utilisée en tant que telle.

 Figure 1 : La façade ouest donne sur une des rues principales du village
 Figure 1 : La façade ouest donne sur une des rues principales du village

 

Figure 2 : La façade est présente un colombage couleur framboise
Figure 2 : La façade est présente un colombage couleur framboise

 

Figure 3 : Plan masse (source : Guillaume Algrave)
Figure 3 : Plan masse (source : Guillaume Algrave)
Etat technique et sanitaire du bâtiment

Le bâtiment n’était pas habitable avant les travaux, à cause de son état de dégradation avancé et de son usage agricole.

Figure 4 : La charpente en cours de restauration (source : Guillaume Algrave)
Figure 4 : La charpente en cours de restauration (source : Guillaume Algrave)

La charpente d’origine, qui a demandé quelques reprises, était en bon état.

Le remplissage en torchis était en très mauvais état et partiellement effondré. Certaines pièces de bois, notamment certaines sablières et des colombes étaient à remplacer à cause de leur état de dégradation, résultat d’une absence d’entretien. La grange était entièrement vide, sans plancher, ni porte et fenêtre, ni aménagement intérieur.

Etat énergétique

Le bâtiment ne présentait aucune isolation et aucun chauffage. Aucune étude thermique n’a été réalisée avant travaux.

Etat patrimonial et architectural
Les éléments patrimoniaux remarquables

La façade ouest, donnant sur la rue principale du village, est protégée en partie haute par un bardage d’ardoise et présente un auvent, permettant de chasser les eaux pluviales et ainsi de protéger le pied de façade en torchis et pierre.

Des bardages en bois verticaux recouvrent deux extrémités de la façade est. On devine qu’ils ont été peints, à l’origine d’une couleur rouge.

La charpente, avec ces trois niveaux d’enrayure (ensemble de pièces de charpente situées sur un plan horizontal, destinées à porter les pièces verticales et obliques), est un élément remarquable de ce bâtiment. Elle a été restaurée à l’identique.

Figure 5 : La charpente restaurée à l’identique (source : Guillaume Algrave)
Figure 5 : La charpente restaurée à l’identique (source : Guillaume Algrave)
Les éléments patrimoniaux malmenés

La ferme seigneuriale, qui avait été construite au XVIIe siècle, a perdu son manoir et nombre de ses dépendances. Reste la grange à foin qui domine les vestiges du colombier cylindrique en brique.

Figure 6 : Vue du jardin, le colombier en brique
Figure 6 : Vue du jardin, le colombier en brique

La charpente était partiellement effondrée et les remplissages en torchis tombés pour la plupart, ce qui a rendu l’enveloppe du bâti vulnérable aux aléas climatiques.

Programme architectural et énergétique
Cahier des charges du maître d'ouvrage

L’enjeu était de constituer un exemple concret de sauvetage du patrimoine rural mineur par une reconversion. En effet, dans cette région, les villages sont délaissés et le bâti ancien trop souvent abandonné au profit de constructions neuves.

Le maître d’ouvrage souhaitait restaurer cette maison du point de vue patrimonial, la réhabiliter d’un point de vue énergétique pour en faire un logement de trois étages, d’environ 400 m².

Il souhaitait également garder l’aspect extérieur de la bâtisse tout en réalisant un aménagement intérieur moderne. L’intérieur du bâti étant vide, le maître d’ouvrage a bénéficié d’une grande liberté pour aménager son logement.

Enfin, le maître d’ouvrage s’est attaché à utiliser des matériaux locaux et biosourcés.

Acteurs du projet

Le maître d’ouvrage est familier du monde du bâtiment. Il a notamment dirigé une entreprise de restauration en milieu rural et dirige actuellement la manufacture de terre cuite de Saint-Samson, en activité depuis 1836 (d’où le nom du village) et qui utilise les argiles du Pays de Bray.

Accompagné par Maisons Paysannes de France, le maître d’ouvrage a réalisé l’ensemble des travaux avec une équipe de cinq charpentiers locaux. Une partie des matériaux utilisée a été ont produite par la manufacture.

Projet et études réalisés

Des études sur différents systèmes de chauffage ont été réalisées, notamment par géothermie, mais ces systèmes n’ont pas été retenus par le maître d’ouvrage, essentiellement à cause du coût.

Aucune étude thermique n’a été réalisée. Cependant, le maître d’ouvrage s’est appuyé sur des épaisseurs d’isolation proches des standards « Bâtiment Basse Consommation » pour isoler le bâtiment.

Synthèse

Il s’agit là :

  • d’un projet de réhabilitation totale avec reconversion d’un bâtiment à usage agricole en logement ;

  • réalisé en auto-réhabilitation ;

  • qui s’inscrit dans une démarche de restauration patrimoniale ;

  • mais aussi de réhabilitation énergétique performante ;

  • et qui privilégie l’utilisation des matériaux locaux et biosourcés.

Le chantier a duré de 2010 à 2016.

Aménagement des abords

Plutôt que de les détruire, le maître d’ouvrage a réhabilité les dépendances en abri de jardin ou en garage.

Structure

Le soubassement de pierre et une très grande partie du pan de bois ont été nettoyés et réparés afin d’être conservés. Certaines pierres et certains pans de bois ont dû être remplacés.

Figure 7 : Remplacement de certaines colombes (source : Guillaume Algrave)
Figure 7 : Remplacement de certaines colombes (source : Guillaume Algrave)

La façade ouest donnant sur la rue a été reconstruite à l’identique.

Figure 8 : Détail de la façade ouest
Figure 8 : Détail de la façade ouest

L’utilisation moderne de la grange a fait que l’entrée principale a été éventrée pour laisser passer les tracteurs. Le maître d’ouvrage a souhaité la reconstituer en suivant des dessins historiques.

Humidité

Il n’y avait aucune autre pathologie liée à l’humidité, mis à part celles dues au mauvais entretien du bâtiment. En particulier, il n’y avait pas de problèmes de remontées capillaires. Rappelons que le bâtiment est situé sur le point haut du village.

Murs

La totalité du torchis, en mauvais état, a été retiré. Un nouveau torchis est venu remplir l’espace entre les pans de bois. Un torchis traditionnel composé d’argile dégraissée au sable et paille le tout posé sur un double lattage en lattes clouées a été mis en œuvre. Les pans de bois sont couleur framboise. Cette teinte, déjà conseillée par le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’’Environnement de l’Oise pour une restauration à Beauvais, a pour avantage de mettre en valeur au premier coup d’oeil .

Les murs ont ensuite été isolés par l’intérieur avec 20 cm de laine de chanvre en rouleau sur ossature bois, avec finition à l’enduit terre (contenant de l’argile) sur cloison en lattis serré (lattes de châtaignier).

L’enduit terre a été choisi pour ses bonnes propriétés hygrothermiques : aucun pare-vapeur n’a été posé, au vu de la bonne étanchéité à l’air de l’enduit, posé de manière parfaitement continue et sans fissure. Ce choix est également esthétique, puisque l’enduit terre s’accorde bien avec l’existant, et pratique, puisque le maître d’ouvrage dirige la manufacture de terre cuite de Saint-Samson.

Figure 9 : Cloison en bois latté avant la finition à l’enduit terre (source : Guillaume Algrave)
Figure 9 : Cloison en bois latté avant la finition à l’enduit terre (source : Guillaume Algrave)

Pour éviter tout problème d’humidité, tous les enduits ont été travaillés au printemps, afin de permettre à la terre de sécher avant l’hiver. Ils ont ensuite été colorés avec des pigments naturels. Près de dix teintes différentes ont été utilisées dans toute la maison.

Enfin, des boiseries recouvrent le premier tiers des murs.

Les murs du deuxième étage, mansardé, ont été isolés avec 30 cm de laine de chanvre en rouleau. Les finitions, plus classiques, sont en plaques de plâtre.

Figure 10 : Coupe transversale (source : Guillaume Algrave)
Figure 10 : Coupe transversale (source : Guillaume Algrave)
Toiture

La charpente a été surélevée à l’aide de crics, par l’équipe de charpentiers afin d’être restaurées. L’ensemble des pièces de bois abîmées ont été remplacées. Les lucarnes ont été déposées, puis remisent à leur place.

Figure 11 : Dépose d’une lucarne (source : Guillaume Algrave)
Figure 11 : Dépose d’une lucarne (source : Guillaume Algrave)
Plancher intermédiaire

Le plancher de l’étage a été totalement créé pour le logement. Il est en bois, fourni par une scierie locale, et n’est pas isolé, ce qui permet à la chaleur venant du plancher chauffant du rez-de-chaussée de circuler à l’étage.

Figure 12 : Plan de l’étage (source : Guillaume Algrave)
Figure 12 : Plan de l’étage (source : Guillaume Algrave)
Plancher bas

Le plancher bas est un plancher béton, composé, de bas en haut, d’un film polyane, de polystyrène (qui remonte sur les côtés pour faire la jonction avec l’isolation thermique des murs), d’une dalle classique en béton et d’un plancher chauffant.

Les revêtements du sol du rez-de-chaussée ont été réalisés avec des tommettes, des ardoises de Touraine, des briques et du plancher bois. L’essentiel de ces revêtements est issu de la récupération. Ils font entre 2 et 3 cm d’épaisseur et sont directement collés sur la dalle.

Figure 13 : Revêtements de sol en tommettes et ardoises
Figure 13 : Revêtements de sol en tommettes et ardoises
Menuiseries

La grange d’origine ne possédait pas de fenêtres. Ainsi, une vingtaine d’ouvertures ont été créées en façade est et ouest. Ces dernières ont été placées afin de préserver la structure existante à pan de bois, en formant un rythme et des proportions cohérente avec ce type d’architecture.

Figure 14 : Création des ouvertures en façade est (source : Guillaume Algrave)
Figure 14 : Création des ouvertures en façade est (source : Guillaume Algrave)

Les menuiseries posées sont en bois avec double vitrage. Le porte d’entrée en bois a été réalisée sur mesure par un artisan local.

Figure 15 : Façade est (source : Guillaume Algrave)
Figure 15 : Façade est (source : Guillaume Algrave)
Aménagement intérieur

L’intérieur a été aménagé de manière moderne, avec essentiellement des matériaux de récupération (portes, revêtement, meubles), ce qui lui donne un charme atypique.

Figure 16 : Aménagement de la cuisine
Figure 16 : Aménagement de la cuisine

Pour accéder à l’étage, un escalier classique a été inséré dans une cage d’escalier réalisée avec une ossature bois recouverte de plaques métalliques en zinc.

Figure 17 : Aménagement du palier de l’étage
Figure 17 : Aménagement du palier de l’étage 
Chauffage et ECS

Une chaudière au fioul récente a été achetée d’occasion et permet de chauffer les 400 m² habitables à l’aide d’un plancher chauffant du rez-de-chaussée.

Il n’y a pas de radiateur à l’étage : le plancher bois entre le rez-de-chaussée et le premier étage, non isolé, permet une libre circulation de la chaleur.

Ventilation

Le maître d’ouvrage a prévu l’installation d’une VMC simple flux : pose de fourreaux, préparation des différentes entrées et sorties. Cependant, l’installation n’était pas finalisée en 2017. Actuellement, la ventilation se fait donc uniquement par ouverture des fenêtres, y compris dans les pièces d’eau.

L’enduit terre participe également à la régulation hygrothermique. Il peut notamment absorber jusqu’à 7 % de son poids en eau.

Une ventilation par ouverture des fenêtres n’est parfois pas suffisante pour évacuer la vapeur d’eau produite par les occupants (cuisson, nettoyage, respiration). Elle dépend également des habitudes de ces derniers, qui peuvent ne pas ouvrir les fenêtres lorsque cela est nécessaire. D’autre part, l’air intérieur peut être pollué par des moisissures ou des composés chimiques, comme les composés organiques volatils, contenus dans l’ameublement ou les produits d’entretien. Une ventilation contrôlée (mécanique ou naturelle) reste donc la solution la plus sûre pour gérer la ventilation à l’intérieur d’un logement, d’autant plus qu’elle est indépendante des habitudes des occupants.

Problématiques transversales
Ponts thermiques

La continuité de l’isolation a permis de traiter les ponts thermiques entre les planchers et les murs. C’est notamment le cas au niveau du plancher bas, où le polystyrène du plancher bas en béton remonte sur les côtés pour faire la jonction avec la laine de chanvre des murs.

Le plancher intermédiaire, totalement créé pour le logement, ne constitue pas une rupture de matériaux au niveau du mur de façade, car, il vient s’encastrer dans la façade ponctuellement et sur seulement une partie de l’épaisseur de celle-ci.

Consommations et confort thermique après travaux
En théorie

Aucune étude thermique n’a été réalisée.

En pratique

Le maître d’ouvrage estime sa consommation de fioul à environ 2 000 € par an (hors électricité) pour environ 400 m². Un rapide calcul, considérant qu’un litre de fioul vaut 90 centimes d’euros et produit 9,97 kWh, donne une consommation annuelle de 55 kWh/m².an pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire, ce qui est très peu et se rapproche des standards « Bâtiment Basse Consommation »

Aux dires des occupants, le bâtiment est confortable et la mise en œuvre soignée de l’ensemble des matériaux a permis de garantir une bonne isolation.

Reconnaissances obtenues

La maison a fait l’objet de nombreux articles et reportages en Picardie.

Sa restauration a obtenu le label « Fondation du patrimoine » qui concerne les travaux extérieurs.

Bilan financier

Cette réhabilitation s’est étalée sur 6 ans et a été réalisée par le maître d’ouvrage lui-même, passionné par ce chantier. Le chiffrage est ainsi difficile à estimer.

La Fondation du patrimoine a, quant à elle, financé 1 % des travaux extérieurs (fenêtres, enduits, toiture, charpente et travaux structurels) et a permis au maître d’ouvrage de bénéficier d’une réduction d’impôt équivalente à un quart du montant total des travaux extérieurs.

Difficultés rencontrées

Le plancher du rez-de-chaussée présente aujourd’hui quelques fissures visibles, notamment au niveau des tommettes de la cuisine. Cela est dû à un décèlement de certaines d’entre elles, qui ont été mal posées et à des joints mal comblés.

Mise à part ce petit désagrément, le maître d’ouvrage n’a pas rencontré de grosses difficultés de mise en œuvre. Cependant, les contraintes financières l’ont obligé à être créatif sur certains aspects !

Cette fiche a été réalisée dans le cadre du projet CREBA – Centre de ressources pour la réhabilitation responsable du Bâti Ancien, soutenu par le Programme ministériel d’Action pour la qualité de la Construction et la Transition Énergétique (PACTE). Il est piloté par le Cerema aux côtés de 4 partenaires : l’école des Arts et Métiers Paris Tech, le Laboratoire de Recherche en Architecture de l’ENSA de Toulouse, les associations nationales Maisons Paysannes de France et Sites et Cités Remarquables de France

Plus d’informations :

Site internet Courriel

Rédacteur de la fiche : Céline Fréchet et Cédric Delahais (Cerema Normandie-Centre)

Crédits photos : CREBA (sauf mention contraire)
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